Un regard au quotidien sur le monde qui m'entoure

Quels sont mes droits ?

Quand on est comme moi une personne présentant des traits de personnalité dépendante, on veut répondre aux attentes des autres, et tout particulièrement des personnes ressources (proches, médecins, infirmiers, éducateurs, référents, etc.). En tant que patiente et bénéficiaire, j'ai l'impression que la suite positive de mon état de santé dépend de ces personnes. 

A cela s'ajoute les us et coutumes des différentes institutions, par exemple sur le type d'informations récoltées par les collaboratrices et collaborateurs, les conseils qu'ils peuvent ou non donner, le partage de ces informations avec d'autres ou non. 

Aujourd'hui, lors de ma séance avec le psychiatre, il s'est interrogé sur un processus engagé au sein de l'unité d'accueil temporaire psychiatrique. Certes une partie de ses propos étaient davantage destinés aux personnes qui ont mis en place ce processus et à celles qui l'exécutent mais une autre partie s'adressait avec justesse à moi. Qu'est-ce que je souhaite dire à mes référents ? Qu'est-ce que je ne veux pas aborder ? Comment ma personne référente pourrait-elle lire mon refus éventuel de répondre à ses questions ? Quel impact cela aura-t-il sur le lien de confiance entre ma personne référente et moi-même ?

Il m'est aujourd'hui difficile de répondre à ces questions. D'abord parce qu'elles ne sont pas anodines, mais aussi parce que mes difficultés psychiques déforment ma vision de la réalité, mes projections sur l'autre, ma résistance au stress et à la contrainte. Je me sens constamment retourner en arrière dans un schéma bien connu : j'ai peur de casser un lien et donc j'accepte des comportements / situations / demandes qui ne sont peut-être pas toujours indiqués pour moi. 

Ces questions sont finalement nouvelles pour moi et j'écris dans mon cahier ce billet "à chaud", à peine de retour chez moi après la séance chez le psychiatre. 

Qu'est-ce que je souhaite dire à mes personnes référentes ? Jusqu'à aujourd'hui, j'ai toujours pensé que la question de se posait finalement pas. Si je voulais coopérer pleinement à l'amélioration de ma santé, je devais répondre diligemment à toutes leurs questions, réaborder des événements traumatisants, faire remonter les sentiments, les émotions souvent fortes qui y sont liées. Mais est-ce que je le dois vraiment ? La dépendante que je suis répond : "Oui, bien sûr, absolument ! C'est un devoir ! Ne pas le faire induirait un sentiment de culpabilité. 

Qu'est-ce que je ne veux pas aborder ? Cette question est encore trop tôt pour moi. Actuellement, là où j'en suis en ce 17 juin, ma volonté n'est pas encore assez forte pour résister et me mettre en portafaux. Je suis encore trop convaincue qu'il faut collaborer pleinement. Et c'est là que la prochaine question s'ancre : Comment ma personne référente pourrait-elle lire mon refus éventuel de répondre à ses questions ? 

Mes personnes référentes sont des personnes-clés dans la phase que je vis actuellement. Je m'efforce de m'émanciper de mes parents et d'accompagner Jules sur le chemin de sa propre émancipation, l'homme que j'aime est très lointain ces temps. Je dois donc me tourner vers d'autres personnes ressources qui sont le psychiatre et le personnel de la structure Alexandra. Peu à peu s'y ajouteront peut-être de nouvelles personnes. Mais en attendant, j'ai une peur bleue de rompre le lien avec ces personnes-là. 

J'oublie alors mes droits de garder pour moi ce dont je n'ai pas envie de parler, des éléments celés en mon for intérieur et me mets à nu devant les autres sans avoir la force de me dire que j'ai le droit de ne pas le faire...